Enoida

Note de conformité

1er septembre 2026 : ce que la loi exige vraiment

Deux régimes français imposent aujourd'hui de vérifier l'âge en ligne. Ils ne visent pas les mêmes services, n'ont pas le même calendrier, et un seul des deux précise la méthode. Voici ce que disent les textes, et ce qu'ils laissent à votre charge.

Deux régimes, souvent confondus

La confusion la plus fréquente consiste à traiter « la vérification d'âge » comme une obligation unique. Il y en a deux, et elles ne se ressemblent pas.

Contenus pornographiquesRéseaux sociaux
Texte Loi SREN du 21 mai 2024, référentiel technique de l'Arcom Loi sur la majorité numérique, adoptée définitivement le 21 juillet 2026
Seuil 18 ans 15 ans
En vigueur Depuis 2025 1er septembre 2026, puis 1er janvier 2027
Méthode Précisée : au moins une solution en double anonymat Non précisée par la loi
Contrôle Arcom, avec pouvoir de blocage et de déréférencement Arcom, dans le cadre du règlement européen sur les services numériques

Si vous éditez un service accessible depuis la France qui donne accès à des contenus pornographiques, le premier régime vous concerne et vous êtes déjà en retard. Si vous exploitez un réseau social, c'est le second, et l'échéance est dans quelques semaines.

Le calendrier

  1. 9 oct. 2024

    L'Arcom adopte son référentiel technique déterminant les exigences minimales applicables aux systèmes de vérification de l'âge, après avis de la CNIL.

  2. 2025

    Fin des périodes transitoires. Les services concernés doivent proposer au moins une solution en double anonymat. La vérification par carte bancaire, admise à titre transitoire, ne suffit plus.

  3. 21 juil. 2026

    Le Parlement adopte définitivement la loi interdisant les réseaux sociaux aux mineurs de quinze ans. La France est le premier État de l'Union à inscrire une majorité numérique dans son droit national.

  4. 1er sept. 2026

    Plus aucun compte ne peut être créé par un mineur de moins de quinze ans. L'obligation porte sur les nouvelles inscriptions.

  5. 1er janv. 2027

    L'interdiction s'étend aux comptes déjà existants. Les quatre mois qui séparent les deux échéances sont la fenêtre dont vous disposez pour vérifier l'âge de votre base d'utilisateurs.

Cette dernière ligne est la plus coûteuse et la moins commentée. L'obligation du 1er septembre porte sur un flux — les nouvelles inscriptions. Celle du 1er janvier porte sur un stock. Pour une plateforme installée, le second volume est supérieur au premier de plusieurs ordres de grandeur, et il doit être traité en quatre mois.

Ce que la loi ne dit pas

La loi sur la majorité numérique pose l'interdiction et désigne l'autorité qui en contrôle le respect. Elle ne prescrit pas de méthode de vérification. Le point a été relevé pendant les débats : les modalités de contrôle de l'âge restent largement imprécises.

C'est une liberté, et c'est un piège. Une liberté, parce qu'aucune technologie ne vous est imposée. Un piège, parce que le choix vous incombe entièrement — et qu'il doit satisfaire simultanément deux exigences qui tirent en sens contraire :

  • Vérifier réellement. Une déclaration sur l'honneur n'est pas une vérification, et une case à cocher ne résistera pas au premier contrôle.
  • Ne pas collecter au-delà du nécessaire. Le RGPD s'applique intégralement. Collecter une pièce d'identité pour établir un fait binaire — majeur ou non — est difficilement défendable au regard du principe de minimisation.

Autrement dit : la loi vous demande de savoir, et le RGPD vous interdit d'en savoir trop. Le seul moyen de satisfaire les deux est de recevoir une preuve plutôt qu'une identité.

Le double anonymat, tel que l'Arcom le définit

Le régulateur a déjà tranché cette question pour l'autre régime, et sa définition est la référence la plus claire dont on dispose en droit français :

Le site reçoit la preuve de la majorité mais ne connaît pas l'identité de l'internaute ; le fournisseur de la solution de vérification de l'âge connaît l'identité de l'internaute mais ne sait pas quels sites il visite.

Arcom, présentation du référentiel technique de vérification de l'âge

Deux propriétés, pas une. La première protège l'utilisateur du site. La seconde le protège du vérificateur — et c'est celle qu'on oublie, alors qu'elle est la plus difficile à tenir : un prestataire qui voit passer chaque vérification constitue, à lui seul, un registre de navigation.

Le référentiel n'impose formellement le double anonymat qu'au régime pornographique. Mais il est difficile d'imaginer que l'autorité qui l'a défini, et qui contrôle aussi le second régime, juge acceptable pour les réseaux sociaux une architecture qu'elle a écartée ailleurs.

Quatre erreurs qui coûtent cher

Collecter une pièce d'identité « par prudence »

C'est le réflexe le plus naturel et le plus risqué. Vous créez une base de documents d'identité que la loi ne vous a jamais demandé de constituer, avec l'obligation de la sécuriser, de la conserver le temps strictement nécessaire, de la déclarer, et de la notifier si elle fuit. Vous transformez une obligation de vérification en responsabilité de conservation.

Confondre déclaration et vérification

Une date de naissance saisie par l'utilisateur n'établit rien. Elle documente une intention de conformité, pas une conformité. Devant un régulateur, la question ne sera pas « aviez-vous un champ ? » mais « qu'avez-vous vérifié, et pouvez-vous le prouver ? ».

S'appuyer sur la carte bancaire

Admise à titre transitoire par l'Arcom pendant trois mois, cette méthode n'est plus une solution conforme. Elle ne prouve pas la majorité — des mineurs disposent de cartes — et elle échoue au test du double anonymat, puisque le porteur est identifié.

Vérifier à l'inscription, et ne plus jamais y revenir

L'échéance du 1er janvier 2027 porte explicitement sur les comptes existants. Un dispositif branché uniquement sur le tunnel d'inscription répond à la première obligation et ignore la seconde, qui est la plus lourde.

Ce que l'Arcom peut faire

Le régulateur dispose, pour le régime des contenus pornographiques, d'une gradation de mesures qu'il a déjà employée contre des services établis dans l'Union :

  • la mise en demeure ;
  • la sanction pécuniaire ;
  • le blocage administratif du service ;
  • le déréférencement auprès des moteurs de recherche.

Les deux dernières méritent d'être lues pour ce qu'elles sont. Une amende se provisionne. Un blocage et un déréférencement suppriment l'accès et la visibilité — pour un service commercial, la sanction n'est pas comptable, elle est existentielle.

En résumé

Vous devez établir un fait — majeur ou non — sans constituer de base d'identités, sur un flux d'inscriptions à partir du 1er septembre et sur l'intégralité de votre base existante avant le 1er janvier. La loi ne vous dit pas comment. Le régulateur, lui, a déjà écrit ce qu'il considère comme protecteur.

Ce que fait Enoida

Un appel d'API. Votre service reçoit une réponse binaire et un reçu signé à conserver pour le régulateur. Il ne reçoit aucune donnée d'identité — il n'y a rien à sécuriser, rien à conserver, rien à notifier.

La preuve est produite par le portefeuille d'identité de l'utilisateur et vérifiée cryptographiquement. Enoida implémente Longfellow, le schéma à divulgation nulle retenu par l'application de vérification d'âge de la Commission européenne, ainsi que la présentation mDoc ISO 18013-5. Le code est ouvert et lisible.

Sources

  1. Arcom — Référentiel technique sur la vérification de l'âge pour la protection des mineurs contre la pornographie en ligne
  2. Légifrance — Délibération n° 2024-20 du 9 octobre 2024 relative à ce référentiel
  3. CNIL — Avis sur le référentiel de l'Arcom
  4. Arcom — Protection des mineurs contre la pornographie en ligne (pouvoirs et mesures)
  5. LCP — Assemblée nationale — Ce que contient la loi qui vient d'être définitivement adoptée
  6. Assemblée nationale — Texte adopté n° 217

Cette note est une synthèse de textes publics destinée aux équipes techniques et conformité. Elle ne constitue pas un conseil juridique.